Louis Corman (1901-1995) était médecin, psychiatre et pédopsychiatre, installé à Nantes. Il a exercé l’essentiel de sa carrière auprès d’enfants, et c’est de là que vient sa méthode : il voyait grandir les visages de ses patients, sur des années, et notait qu’ils ne se développaient pas tous dans le même sens.
Cette origine explique un point que les usages ultérieurs ont perdu. Corman ne partait pas d’une table de correspondances entre traits et caractères ; il partait d’une observation longitudinale de croissance, et cherchait ce qui pouvait expliquer les directions prises. C’est ce qui l’a mené à formuler sa loi de dilatation et rétraction, qui est une hypothèse sur le développement avant d’être une grille de lecture.
De quoi il voulait se distinguer
Corman écrit dans les années trente, à un moment où la lecture des visages a très mauvaise presse, et pour de bonnes raisons. La physiognomonie de Lavater, au dix-huitième siècle, prétendait lire le caractère moral sur les traits. La phrénologie de Gall, au dix-neuvième, cartographiait les facultés sur les bosses du crâne. Les typologies criminelles de Lombroso prétendaient reconnaître un délinquant à sa physionomie. Toutes ont été invalidées, et toutes ont servi à justifier des discriminations.
Corman a construit sa méthode contre cet héritage, en s’imposant trois différences qu’il énonce explicitement :
- Aucun jugement de valeur. Ses catégories décrivent des directions, pas des mérites. Un visage rétracté n’est pas inférieur à un visage dilaté.
- Aucun trait isolé ne signifie. C’est sa troisième loi, celle de l’équilibre. Elle interdit précisément le mode de lecture de la physiognomonie.
- Rien n’est fixe. Un visage change, donc une lecture est un instantané et non un verdict. Ce point le sépare radicalement des théories héréditaires de son époque.
Ce qu’il a écrit
Corman a publié sur plus de cinquante ans. Son ouvrage de référence, Quinze leçons de morphopsychologie, expose la méthode complète ; Visages et caractères en propose une entrée plus accessible. Il a également travaillé sur le dessin de l’enfant, avec un test projectif, le test du dessin de famille, qui a connu une diffusion bien plus large que sa morphopsychologie et reste utilisé.
Il a fondé en 1980 la Société française de morphopsychologie, qui existe toujours et forme des praticiens. C’est le principal lieu de transmission de la méthode en France.
Ce que ses successeurs en ont fait
La méthode a suivi deux chemins qui n’ont plus grand-chose en commun.
Le premier reste proche du texte : des praticiens formés, une lecture qui respecte la règle de l’ensemble, et une prudence sur ce qui peut être conclu. C’est aussi le chemin le moins visible, parce qu’il ne se prête pas aux titres accrocheurs.
Le second est celui de la vulgarisation, qui a fait exactement ce contre quoi Corman s’était construit : des tables de correspondances trait par trait, des jugements de valeur réintroduits, et un usage en recrutement dont il faut dire un mot. Se servir de la morphopsychologie pour trier des candidats est une discrimination fondée sur l’apparence physique, sanctionnée par l’article 225-1 du code pénal. Que la méthode ait été proposée à cet usage est un fait ; que cet usage soit illégal en est un autre.
Où en est la discipline
Elle n’a jamais obtenu de reconnaissance académique. Aucune étude contrôlée n’a établi de corrélation entre les catégories de Corman et des mesures de personnalité validées, et les publications de la discipline restent internes à ses propres institutions. Elle occupe aujourd’hui une place proche de celle de la graphologie : enseignée, pratiquée, sans fondement démontré.
Corman lui-même était plus mesuré que ses vulgarisateurs sur ce qu’il pensait avoir établi. C’est peut-être ce qui rend son travail encore intéressant à lire : il propose une façon de regarder, et il dit où elle s’arrête. La suite s’est chargée d’oublier la seconde partie.