En bref
Aucun trait du visage ne porte autant de jugement moral que le menton. « Menton fuyant » est une insulte dans le langage courant, et « menton volontaire » un compliment. Ces expressions sont antérieures à la morphopsychologie et n’en viennent pas : elles viennent de la physiognomonie du dix-neuvième siècle, qui prétendait lire le caractère moral sur les visages et a servi à justifier des théories dont on connaît la suite.
Il faut donc mettre ce vocabulaire de côté pour lire ce que la méthode dit réellement.
Trois caractéristiques indépendantes
La projection ne se voit que de profil. C’est l’avancée du menton par rapport à une verticale passant par la lèvre inférieure. Un menton peut être large et pourtant reculé : les deux critères n’ont rien à voir, et les confondre est l’erreur la plus commune.
La largeur se voit de face. Elle se lit par rapport à la largeur de la bouche, et non dans l’absolu.
La forme de la base. Plate, arrondie, ou marquée d’un sillon vertical. C’est la caractéristique la plus fine, et celle que Corman associe à la nuance plutôt qu’au registre.
Ce que la grille en tire
Quatre lectures, à ne pas confondre.
Un menton projeté, avancé, appartient à un étage instinctif tonique. La lecture morphopsychologique y voit une propension à aller au bout de ce qui est engagé, pas à s’engager plus souvent, mais à maintenir. Corman note le revers, que les vulgarisations flatteuses oublient : la difficulté à défaire une décision devenue mauvaise.
Un menton reculé relève de la rétraction sur cet étage. La grille y rattache une plus grande disponibilité à réviser une position, et une action moins frontale. Le vocabulaire de « faiblesse » est un jugement de valeur ajouté après coup ; il ne correspond à rien dans la méthode, qui décrit des directions et non des mérites.
Un menton large. Indépendamment de sa projection, est associé à un appui au sol, une assise. Combiné à une mâchoire large, il renforce la lecture d’endurance ; sous une mâchoire étroite, il produit un contraste que Corman lit comme une détermination ponctuelle plutôt que continue.
Un menton rond, à base arrondie, relève de la dilatation : le contour ne présente pas d’arête. Dans la grille, la fermeté est là mais moins affirmée dans son expression.
Le menton change, et beaucoup
C’est la zone du visage qui se modifie le plus visiblement avec l’âge : la perte de tonicité des tissus modifie le contour sous le menton, et un menton dont la ligne était nette à trente ans peut être empâtée à soixante sans que rien du tempérament n’ait bougé.
Corman insistait sur ce point pour l’ensemble du visage, une lecture n’est qu’un instantané, et le menton en est l’illustration la plus nette. Une lecture qui présente ses conclusions comme définitives contredit la méthode qu’elle invoque.
Ce qu’un menton ne dit pas
Il ne dit rien du courage, rien de l’honnêteté, rien de la valeur morale de quiconque. L’association entre menton reculé et faiblesse de caractère est un préjugé documenté, aux conséquences réelles : elle influence les jugements en situation d’embauche et jusque dans les décisions de justice, ce que plusieurs travaux de psychologie sociale ont mesuré. En connaître le mécanisme est probablement le meilleur usage qu’on puisse faire de cette page.