En bref
C’est la zone où il faut le plus se méfier de ce qu’on croit lire. Un regard porte de l’expression, l’ouverture des paupières varie avec l’humeur, la fatigue, l’attention, et cette expression est ce qui frappe en premier. La morphopsychologie s’intéresse à autre chose : à la structure sous l’expression, celle qui ne change pas d’une heure à l’autre.
Ce qui suppose de regarder un visage au repos, et de préférence sur plusieurs images. Une seule photo capte un état, pas une forme.
Trois données de structure
L’ouverture palpébrale est la hauteur visible de l’œil entre les paupières, au repos. Elle se lit rapportée à sa largeur : un œil peut être grand et peu ouvert. Corman y rattache la première loi, un œil largement ouvert relève de la dilatation, un œil réduit de la rétraction.
L’écart interoculaire est la distance entre les deux yeux, comparée à la largeur d’un œil. La référence anthropométrique est d’environ une largeur d’œil entre les deux ; au-delà, on parle d’yeux écartés, en dessous d’yeux rapprochés.
L’inclinaison de l’axe se mesure sur la ligne joignant le coin interne au coin externe. Elle peut être horizontale, montante vers l’extérieur, ou descendante.
Ce que la grille en tire
L’ouverture d’abord. L’écart ensuite.
Des yeux largement ouverts relèvent de la dilatation de l’étage affectif : la lecture y voit une réceptivité, une disponibilité à ce qui arrive de l’extérieur. Le revers noté par Corman est la perméabilité, on reçoit beaucoup, y compris ce qu’on n’a pas cherché.
Des yeux à ouverture réduite, au repos, sont associés à une sélection : moins de choses entrent, et celles qui entrent sont plus examinées. La grille y rattache une attention plus soutenue sur moins d’objets.
Des yeux écartés sont associés chez Corman à une vision d’ensemble, une tendance à saisir des situations plutôt que des détails. Des yeux rapprochés à l’inverse, à une précision de focalisation.
Un axe montant vers l’extérieur relève de la tonicité : le contour tient vers le haut. Un axe descendant se rattache à l’atonie, et se confond facilement avec la fatigue, ce qui rend le critère fragile en pratique.
Les paupières, un critère à part
Un critère fragile, et il faut dire pourquoi.
Corman distingue la paupière supérieure du reste. Une paupière couvrante, qui recouvre une partie de l’iris au repos, se lit différemment d’une paupière dégagée, indépendamment de l’ouverture totale. La grille y rattache une réserve dans l’expression : ce qui est perçu ne se montre pas.
C’est aussi la caractéristique la plus sensible à l’origine géographique : la forme de la paupière supérieure varie fortement selon les populations, et une grille élaborée en France dans les années trente sur des visages européens n’a jamais été validée ailleurs. Une lecture qui l’ignore produit du biais, pas de l’information.
Ce que des yeux ne disent pas
Ils ne disent rien de l’honnêteté de quelqu’un, et c’est un point qui mérite d’être posé franchement. L’idée qu’on lit le mensonge dans un regard est démentie par tous les travaux expérimentaux sur la détection du mensonge, dont les résultats plafonnent à peine au-dessus du hasard. Aucune forme d’œil n’y change quoi que ce soit.
Pour situer un regard dans l’ensemble, il faut regarder son étage : voir les pommettes et le nez, qui appartiennent au même registre affectif.